Printemps 2026

La déminéralisation du territoire québécois : un levier concret pour des milieux de vie plus résilients

Raphaëlle Dufresne, coordonnatrice - Adaptation aux changements climatiques et résilience des communautés au Centre d’écologie urbaine

Raphaëlle Dufresne, coordonnatrice – Adaptation aux changements climatiques et résilience des communautés au Centre d’écologie urbaine

Au Québec, nos villes et nos villages sont de plus en plus recouverts de surfaces imperméables comme l’asphalte, le pavé et le béton. Cette minéralisation massive du territoire transforme nos milieux de vie et accentue les effets des changements climatiques. 

Les vagues de chaleur et les épisodes de fortes pluies, de plus fréquents et intenses, exercent une pression croissante sur les infrastructures municipales, fragilisent les écosystèmes et affectent directement la qualité de vie des citoyennes et citoyens. 

Face à cette réalité, une solution simple et concrète existe déjà : la déminéralisation, soit le fait de retirer des surfaces imperméables pour redonner de la place aux sols vivants et à la végétation. 

Crédit : CANOPÉE 

Un enjeu climatique qui touche directement nos milieux de vie 

La minéralisation du territoire modifie profondément le cycle naturel de l’eau. Lorsqu’il pleut, l’eau ne peut plus s’infiltrer dans les sols : elle ruisselle vers les égouts, augmentant les risques de débordements, de refoulements et de surcharge des infrastructures municipales.  

Cette transformation contribue également à la création d’îlots de chaleur urbains. L’asphalte et le béton absorbent et retiennent la chaleur, faisant grimper les températures au sol. Dans les secteurs fortement minéralisés, celles-ci peuvent atteindre jusqu’à 12 °C de plus que dans les zones végétalisées voisines pendant l’été1. Ces écarts accentuent les risques pour la santé lors des épisodes de chaleur extrême, particulièrement dans les quartiers où les espaces verts sont peu présents.  

Mais les impacts ne s’arrêtent pas là. La minéralisation affecte aussi la biodiversité, la qualité des sols et de l’eau, tout en augmentant les coûts d’entretien et d’adaptation des infrastructures publiques. Elle devient ainsi un enjeu à la fois environnemental, social, économique et de santé publique. 

Crédit : Laurianne Gervais – Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu

La déminéralisation : une solution concrète aux effets multiples  

Devant ces constats, la déminéralisation apparaît comme une réponse à la fois accessible et efficace. 

En redonnant au sol son rôle naturel d’éponge, elle permet de rétablir une partie du cycle naturel de l’eau, de réduire les risques d’inondation et d’alléger la pression sur les réseaux municipaux. Les espaces végétalisés contribuent aussi à rafraîchir les quartiers, à améliorer la biodiversité et à rendre les milieux de vie plus agréables et plus résilients. 

Au-delà des bénéfices environnementaux, ces projets deviennent souvent des occasions de mobilisation citoyenne. Personnes résidentes et citoyennes, organismes et municipalités participent ensemble à la transformation de leur environnement immédiat. La déminéralisation devient alors un levier concret de cohésion sociale et de transition socioécologique.  

Elle représente également un investissement rentable : chaque dollar investi dans des mesures d’adaptation aux changements climatiques pourrait générer entre 13 $ et 15 $ d’économies à long terme2

Crédit : OBV Charlevoix-Montmorency  

Un paradoxe québécois : des impacts connus, mais une action encore fragmentée

Malgré des effets de plus en plus visibles, la déminéralisation demeure encore peu connue du grand public. Pourtant, ​ 81 % des Québécoises et Québécois ressentent les effets des îlots de chaleur dans leur milieu de vie3

Partout au Québec, des initiatives locales émergent, mais les actions demeurent dispersées et inégalement réparties sur le territoire. Les données sur les surfaces imperméables sont encore fragmentées et les définitions varient d’un milieu à l’autre, ce qui limite la capacité d’agir de façon concertée. 

Résultat : il existe encore un important décalage entre les impacts vécus sur le terrain et les outils disponibles pour planifier des interventions structurantes à grande échelle. 

Des initiatives qui montrent la voie 

Malgré ces défis, plusieurs initiatives démontrent qu’il est possible d’agir concrètement dès maintenant. 

Depuis 2017, le projet Sous les pavés, porté par le Centre d’écologie urbaine, a permis de transformer plus de 7560 m2 de surfaces imperméables en espaces verts partout au Québec, tout en mobilisant 3500 bénévoles. 

Crédit : CRE Montérégie 

Les municipalités jouent également un rôle central dans l’adaptation aux changements climatiques. Responsables de l’aménagement de leur territoire et de l’urbanisme, elles disposent de leviers importants pour transformer durablement les milieux de vie et l’espace accordé aux surfaces imperméables. 

Certaines villes ont déjà commencé à intégrer des mesures structurantes, comme des subventions au verdissement, des taxes sur les surfaces imperméables ou des objectifs de canopée dans leurs plans climat. 

Toutefois, jusqu’à récemment, la lutte contre la minéralisation reposait surtout sur des démarches volontaires. Or, face à l’accélération des impacts climatiques, il devient nécessaire d’aller plus loin et d’inscrire la déminéralisation dans une vision ambitieuse de l’aménagement durable. 

Cela implique notamment de mieux arrimer les enjeux de mobilité, d’urbanisme et de verdissement. Réduire l’étalement urbain, limiter la place accordée à l’automobile et favoriser des milieux de vie denses, accessibles et végétalisés sont des conditions essentielles pour maximiser les effets des actions municipales. 

Trois leviers pour accélérer la transition 

Pour passer d’initiatives ponctuelles à une véritable stratégie collective, trois leviers apparaissent essentiels.  

  1. D’abord, reconnaître la minéralisation comme un enjeu prioritaire d’aménagement du territoire et adopter un vocabulaire commun afin de mieux planifier l’action. 
  1. Ensuite, mieux documenter le phénomène grâce à une base de données provinciale sur les surfaces imperméables permettant de suivre leur évolution et de guider les décisions. 
  1. Enfin, renforcer l’action collective en alignant politiques publiques, outils municipaux, incitatifs financiers et participation citoyenne pour soutenir des interventions cohérentes et durables. 

Vers un contrat social d’aménagement 

La déminéralisation ne peut pas reposer sur un seul acteur. Elle nécessite une responsabilité partagée entre gouvernements, municipalités, organisations, propriétaires et communautés. 

Dans cette perspective, le territoire peut être envisagé comme un véritable contrat social d’aménagement : les gouvernements fixent les orientations et les cibles, les municipalités planifient et encadrent les interventions, les propriétaires transforment leurs espaces privés et les citoyennes et citoyens participent activement aux projets.  

Cette approche permet de passer d’initiatives isolées à une transformation structurée et durable des milieux de vie. 

Crédit : Éco de la Pointe-aux-Prairies  

Pourquoi agir maintenant ? 

Le Québec se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Les impacts climatiques s’intensifient, plusieurs documents stratégiques et réglementaires sont en révision et les attentes citoyennes évoluent rapidement vers des milieux de vie plus verts, plus frais et plus résilients. 

Surtout, les solutions existent déjà. L’enjeu n’est plus de les inventer, mais de les structurer, de les financer et de les déployer à grande échelle. 

Agir maintenant permettrait de transformer une multitude d’initiatives locales en une véritable stratégie collective de résilience territoriale. 

Conclusion : redonner de la place au vivant 

La minéralisation du territoire n’est pas une fatalité. Elle résulte de choix d’aménagement qui peuvent être repensés. 

La déminéralisation offre une réponse concrète pour améliorer la résilience climatique, renforcer la biodiversité, réduire les inégalités et améliorer la qualité de vie. 

Redonner de la place au vivant dans nos villes et nos villages, c’est choisir des milieux de vie plus sains, plus justes et plus durables. 

Pour consulter le plaidoyer Reconnaître, documenter et agir : trois leviers pour un Québec moins minéralisé et plus résilient du Centre d’écologie urbaine, rendez-vous sur souslespaves.ca/plaidoyer

Le projet Sous les pavés est réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Québec dans le cadre du programme Action-Climat Québec, un programme coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable et qui découle du Plan pour une économie verte 2030. Le déploiement du programme dans les différentes communautés est rendu possible grâce au soutien financier du Groupe Banque TD.

1 INSPQ, « Verdissement », dernière mise à jour en 2024, consulté le 17 mars 2026, https://www.inspq.qc.ca/ 

2 « Limiter les dégâts », Institut climatique du Canada (2022), p.3 

3 Sondage commandé par le Centre d’écologie urbaine et réalisé par la firme Léger en 2025 auprès de la population québécoise résidant en milieu urbain ou en banlieue. 

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