
Denis Guérin,
Responsable de la valorisation des connaissances, Espace MUNI
En cette année électorale, nous espérons que la démocratie se dévoilera sous son plus beau jour et qu’elle s’exercera dans un contexte favorable et respectueux.
« Au fil des 20 dernières années, j’ai été en contact avec un très grand nombre de maires et mairesses. Je peux témoigner de leur motivation à réaliser des projets, de leur détermination à apporter des modifications positives dans leur communauté ainsi que de leur engagement à améliorer la qualité de vie de leur population. Cependant, j’ai également observé les limites et les contraintes qui entravent leur travail. Pourtant, aucun d’entre eux ne se considère comme étant la personne élue idéale. »
Avant d’aller plus loin, j’ai décidé d’adresser la question à l’intelligence artificielle. Voici la réponse obtenue en six grands points :
- Engagement et intégrité : La personne élue idéale agit avec transparence et place l’intérêt général au cœur de ses décisions.
- Vision stratégique : Elle anticipe les défis futurs et propose des projets innovants pour le développement de la communauté.
- Proximité avec les citoyennes et citoyens : Elle maintient un dialogue constant et garantit l’inclusion de toutes les voix, notamment celles des personnes les plus vulnérables.
- Leadership participatif : Elle mobilise les actrices et les acteurs locaux, valorise les collaborations et favorise des solutions collectives.
- Source d’inspiration : Par son dévouement et son dynamisme, elle incarne un modèle de leadership engagé et tourné vers l’avenir.
- Action concrète et résultats : Elle propose des solutions efficaces et obtient des résultats visibles, alignés avec les promesses de campagne et les besoins locaux.
Cette réponse met en évidence les attentes que nous avons envers nos personnes élues. Sans vouloir en ajouter, je suis certain que, si nous posions la question à des individus, leurs réponses incluraient probablement les points suivants :
- Être impliqué dans son milieu;
- Gérer de façon responsable et en bon parent les deniers publics;
- Comprendre et maîtriser l’information inhérente à chaque projet;
- Avoir une juste compréhension des réalités et des enjeux locaux.
Bon! Je dois admettre que ces listes sont impressionnantes. On aspire toutes et tous à être cette personne au sein de nos municipalités. Pour la suite de ce texte, permettez-moi d’y mettre un peu d’intelligence humaine pour nuancer cet idéal qui est un peu difficile à atteindre.
Être une personne élue dans le contexte actuel : une ambition qui se heurte à la réalité
Proposer un tel portrait idéaliste d’une personne élue sans aborder le contexte dans lequel son rôle doit s’exercer serait, selon moi, injuste envers elle. Occuper une fonction élective aujourd’hui est une mission complexe et exigeante qui s’inscrit dans un contexte marqué par des défis multiples et évolutifs.
Je tiens à vous avertir que cette partie de l’article ne décrit pas un monde de « Calinours » et de licornes où il est agréable d’être une personne élue tous les jours. Au contraire, il expose la dure réalité, où les défis abondent et les embûches ébranlent la volonté et la motivation.
Petit jeu-questionnaire avant de poursuivre la lecture
- Combien de lois encadrent le fonctionnement d’une municipalité? Je vous invite à faire une recherche rapide. Vous constaterez que le cadre légal est plutôt complexe. Je vous mets au défi de les énumérer sans ressentir un certain découragement.
- Quels sont les champs de compétence municipale prescrits par la loi? Il y en a huit, mais on ne parle jamais d’immigration, d’itinérance, de logement ou de changements climatiques qui sont pourtant des problèmes concrets que les maires et mairesses doivent gérer au quotidien.
Imaginez maintenant que vous souhaitez vous présenter comme conseillère ou conseiller, mairesse ou maire d’une petite municipalité (moins de 1 000 individus).
Sachez qu’environ 50 % des municipalités du Québec sont de cette taille. Faites un décompte rapide et vous constaterez que cela fait beaucoup d’élues et d’élus pour qui la fonction municipale n’est pas leur principale source de revenus.
Les défis des personnes élues
- La profusion de discours haineux, de situations d’intimidation et de harcèlement psychologique. Sur les réseaux sociaux, les personnes élues sont fréquemment la cible de critiques virulentes, d’intimidation et parfois de menaces, ce qui affecte leur bien-être psychologique et leur motivation.
- La charge de travail et la conciliation travail-famille.
La gestion des responsabilités municipales, souvent exercée en parallèle d’un emploi principal, rend difficile la conciliation vie professionnelle, vie familiale et engagement public, surtout dans les petites municipalités.
- Le manque de Les petites municipalités disposent souvent de budgets limités et de peu de personnel pour répondre aux besoins croissants de leur population.
- La faible relève politique, particulièrement dans les petites municipalités. Lors des dernières élections, un nombre record de municipalités n’ont même pas tenu d’élections, faute de candidatures, et c’est sans compter les nombreux postes laissés vacants et les démissions.
- La complexité croissante des enjeux locaux et globaux
L’engagement en politique : une source d’inspiration
Malgré un contexte politique difficile marqué par des défis complexes, certaines personnes choisissent de se présenter aux élections municipales. Vous faites partie de ce groupe? Nous voulons aussi découvrir vos motivations profondes ou les raisons qui vous poussent à vous engager en politique municipale. Est-ce :
- la volonté de contribuer au bien-être de la communauté?
- la passion pour le service public?
- le sens du devoir civique?
- la possibilité d’apporter des solutions innovantes?
- la recherche de défis personnels?
- pour inspirer et mobiliser?

