Municipalités 2050

En marche vers 2050

En marche vers 2050
Myriam Daigneault Chargée de projet – Communautés en santé, Espace MUNI

Myriam Daigneault, Chargée de projet – Communautés en santé, Espace MUNI

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Entrevue avec Sandrine Cabana-Degani, Directrice générale de Piétons Québec

L’organisation nationale de défense collective des droits des piétons, Piétons Québec, célèbre ses 10 ans cette année! Pour son numéro spécial, Espace MUNI a invité Sandrine Cabana-Degani, directrice générale de l’organisme, à se projeter dans 25 ans et à parler de la marche dans le contexte de la mobilité durable, de l’aménagement et de l’investissement social de l’espace public.

Dans la perspective d’une mobilité plus durable, comment Piétons Québec conçoit-il la place et le rôle de la marche?

S. C-D. : Chez Piétons Québec, nous défendons l’idée que la marche est bien plus qu’un simple mode de déplacement; c’est un véritable choix de société. Marcher, c’est s’engager dans les causes sociales, économiques, environnementales et de santé publique aux bénéfices multiples.

Sur le plan social, la marche est un bel outil pour lutter efficacement contre l’isolement des personnes les plus vulnérables, comme nos aînés ou les individus en situation de handicap. Des aménagements adaptés aux piétons favorisent considérablement l’accessibilité et l’inclusivité en facilitant les échanges et les rencontres entre résidents. Cette sociabilité renforce la vitalité de nos quartiers et
de nos municipalités, attire de nombreux commerces de proximité qui stimulent la croissance et l’activité économique et encourage la (ré)implantation de services publics. Tout cela contribue à contrer une désertification de certains territoires. Avant tout, pour les municipalités, ces mesures sont peu coûteuses à mettre en œuvre et à entretenir.

La marche reste aussi un moyen privilégié d’action en faveur de la santé publique. De nombreuses études sur la question démontrent son efficacité pour lutter contre la sédentarité, contribuant ainsi à améliorer la santé physique de la population et à prévenir diverses maladies chroniques. La marche a aussi de nombreux bénéfices sur notre bien-être mental, en diminuant notre niveau de stress. Sur le plan de l’environnement, la marche est une solution complémentaire et absolument indissociable d’un virage vers la mobilité durable, alors que les transports sont la source principale d’émission de gaz à effet de serre au Québec. Elle facilite aussi l’intégration par les municipalités de critères environnementaux ambitieux dans leurs politiques d’aménagement urbain et de mobilité. Des villes pensées pour les piétons sont des villes plus vertes et plus respectueuses de la faune et de la flore locales.
Bref, la marche continue de nous étonner. De plus, son rapport coût-avantages démontre qu’elle est utile et efficace.

Quelles sont les principales avancées que vous avez observées en faveur des piétons depuis la création de l’organisme?

S. C-D. : Dans les 10 dernières années, mais particulièrement les 5 dernières, on a vu un mouvement en faveur des villes à échelle plus humaine qui s’est traduit par la réduction de la limite de vitesse à 30 km/h dans les rues résidentielles, l’ajout de mesures d’apaisement, comme des saillies de trottoirs et des dos d’âne allongés, et par la création d’aménagements réservés aux piétons et aux cyclistes (rues piétonnes, trottoirs, sentiers multifonctionnels). L’approche « vision zéro décès et blessés graves », qui vise à un changement de paradigme en matière de sécurité routière où piétonnes et piétons ne sont plus relégués au second plan, a été adoptée par de nombreuses villes au Québec, par le ministère des Transports et de la Mobilité durable et par la Sûreté du Québec.


Les normes demeurent un défi. Elles ont généralement été adoptées avec la voiture comme étendard, influençant ainsi profondément notre urbanisme depuis le début du XXe siècle. La voiture occupe toujours une place prépondérante dans l’aménagement de nos quartiers. Même en changeant les normes, il faudra attendre encore longtemps pour en voir les effets.
De même, la norme sociale existe et se doit de changer. Les excès de vitesse minimes sont encore tolérés, même si l’on sait que les conséquences en cas de collision sont exponentielles. En outre, l’auto solo est perçue comme le mode de transport le plus efficace, alors que ce n’est pas toujours le cas, notamment pour les déplacements courts. Les groupes de pression qui défendent l’automobile sont très influents. Pour les contrer, l’éducation demeure la principale solution.

Dans votre municipalité idéale en 2050, comment sont les rues, les aménagements et l’expérience des piétons?

S. C-D. : La municipalité idéale en 2050 offre des milieux de vie paisibles et plus verts, où les enfants peuvent marcher vers le parc en toute quiétude, où les grands-parents peuvent se déplacer en toute autonomie vers leurs activités et bénéficier de services de proximité.


C’est une municipalité où l’on peut passer plus de temps avec ses proches parce qu’on est moins pris dans la circulation, qu’on est en meilleure santé puisqu’on bouge quotidiennement pour se déplacer, qu’on vit dans une communauté tissée serrée grâce aux parcs, aux places publiques et aux tiers-lieux qui permettent de bâtir des liens dans notre communauté.Pour ce faire, l’administration municipale a reconnu la marche comme le mode de déplacement prioritaire dans la gestion de la mobilité. Cette décision se reflète également dans les choix d’aménagement dans les périmètres urbains, où le partage de l’espace public a été rééquilibré afin de favoriser les déplacements à pied, en reconnaissant la marche comme une solution transversale et essentielle pour relever les défis de nos quartiers et de nos milieux de vie.

La municipalité a mis en place des mesures qui ont apaisé la circulation, ce qui a entraîné une baisse du nombre de collisions, l’atteinte de l’objectif zéro décès piéton sur le réseau routier ainsi qu’une hausse des déplacements à pied et en transport collectif. La municipalité de 2050 contribue à une société où aucun piéton ne décède sur la route et où la marche est le mode naturel adopté par la population pour ses déplacements courts. En bref, on a fait des piétons les usagers de la route prioritaires dans les milieux de vie.