Le conseil municipal, Les élections municipales 2025

De l’ombre à la table des décisions 

Cédrick Beauregard, conseiller municipal du district 9 Cédrick Beauregard Conseiller municipal du district 9 Granby

Mariève Paradis, Chargée de l’offre de services, Espace MUNI [email protected]

Cédrick Beauregard, conseiller municipal du district 9 Cédrick Beauregard Conseiller municipal du district 9 Granby

Entrevue avec Cédrick Beauregard,

Conseiller municipal du district 9, Ville de Granby

Conseiller municipal à Granby, Cédrick Beauregard a été élu pour la première fois après un parcours marqué par l’engagement politique à plusieurs paliers. Originaire de Granby, il a quitté sa ville au début des années 2000 pour étudier en sciences politiques avant de travailler à Ottawa, Montréal et Québec auprès de députés et de ministres.

Pendant la pandémie, il retourne vers l’enseignement primaire durant deux ans. Puis, alors qu’il occupe un poste d’attaché politique à la Ville de Granby, l’idée de se présenter en politique municipale prend forme. Le district où il a grandi se libère et il décide de faire le saut.

Aujourd’hui, il siège notamment comme vice-président de la Commission développement, culture, sports et sécurité du territoire et comme membre de la Commission de développement économique. Père d’un enfants qu’il a adopté avec son conjoint et passionné par sa communauté, il voit la politique municipale comme une façon concrète d’améliorer la qualité de vie des familles et de contribuer à l’avenir de Granby.

Mariève Paradis: Quelle a été la motivation profonde de vous lancer en politique municipale? 

Cédrick Beauregard: Granby est tatouée sur mon cœur. Je me définis comme un Granbyen avant tout. J’ai travaillé longtemps autour de la politique, mais être dans l’ombre n’est pas la même chose qu’être assis à la table où les décisions se prennent. Lorsque le siège de mon district s’est libéré, j’ai vu une occasion de redonner à la communauté où j’ai grandi.

Je crois profondément au potentiel de Granby. On parle souvent du zoo, mais ma ville, c’est aussi la nature en ville, les boisés, les réseaux de proximité et ce sentiment de connaître quelqu’un qui connaît quelqu’un.

 

Je voulais contribuer aux décisions qui auront un impact sur les générations futures, notamment pour que mes enfants soient fiers de la ville dans laquelle ils grandissent. 

MP: Élu pour la première fois l’automne dernier, quel a été le premier choc comme nouvel élu? 

CB: Je connaissais déjà bien le milieu politique, donc il y a eu peu de surprises. Toutefois, la courbe d’apprentissage demeure importante lorsqu’on est l’un des seuls nouveaux membres autour de la table.

Le plus grand défi a été la quantité de lecture. Les documents arrivent souvent à la fin de la semaine et il faut prendre le temps de les étudier, de comprendre les dossiers et de préparer ses questions avant les séances. C’est une tâche exigeante qui empiète parfois sur les fins de semaine, le temps familial.

J’ai aussi découvert une nouvelle réalité dans mes relations avec l’organisation municipale. Des personnes qui étaient auparavant des collègues de travail sont maintenant des membres de la fonction publique avec qui je dois entretenir un rapport différent. Il existe une frontière importante entre le rôle des élues et élus et celui de l’administration municipale

MP: Comment conciliez-vous votre rôle d’élu, votre carrière et votre vie familiale? 

CB: On s’organise, tout simplement. Je fais actuellement de la suppléance en enseignement, ce qui me permet une flexibilité essentielle puisque les réunions, commissions et représentations occupent plusieurs demi-journées et soirées chaque mois.

À la maison, nous avons établi certaines règles. Nous essayons notamment de préserver au moins deux soirées familiales par semaine. Nous planifions aussi nos horaires à l’avance afin que les enfants sachent quand je serai présent ou absent.

J’ai la chance d’avoir un conjoint très compréhensif. La politique municipale est véritablement un travail d’équipe familial. Il faut accepter de faire des choix et apprendre à dire non à certaines activités. Lorsque je suis avec les enfants, j’essaie d’être pleinement avec eux.

MP : Est-ce que le conseil municipal a mis en place des mesures pour soutenir la conciliation? 

CB: Il n’existe pas de mesures formelles, mais il y a une réelle sensibilité à ces enjeux. Notre mairesse a elle-même été élue alors qu’elle avait de jeunes enfants. Elle comprend l’importance de la conciliation et les situations sont généralement gérées avec souplesse et compréhension.

Personne ne me fait sentir coupable lorsque des obligations familiales entrent en ligne de compte. Ce n’est pas une politique officielle, mais plutôt une culture organisationnelle fondée sur l’humain

MP: Quel est votre plus grand apprentissage jusqu’à maintenant dans votre rôle d’élu? 

CB: L’écoute. Dans mes emplois précédents, je conseillais des élues et élus qui prenaient ensuite les décisions finales. Aujourd’hui, je fais partie du groupe qui doit construire ces décisions collectivement.

À Granby, il n’y a pas de parti politique municipal. Le travail repose donc beaucoup sur la recherche de consensus. Certaines positions ont changé après avoir entendu des arguments auxquels je n’avais pas pensé. Cela demande de l’humilité et une capacité à reconnaître qu’on n’a pas toujours toutes les réponses.

J’ai aussi appris à composer avec les critiques publiques. Après avoir pris la parole pour dénoncer l’homophobie lors de la levée du drapeau de la Fierté à l’hôtel de ville, j’ai reçu des commentaires négatifs sur les réseaux sociaux. Cela fait partie de l’apprentissage du rôle.

J’ai appris à écouter davantage les points de vue de mes collègues et à accepter que ma réflexion puisse évoluer. 

MP: Quelle est la plus grande joie d’être élu municipal? 

CB: Mon plus grand moment de joie demeure l’assermentation. Ma famille, des proches et des bénévoles étaient présents. C’était un moment très concret où je réalisais que j’allais réellement représenter les citoyennes et citoyens de mon district.

J’ai ressenti davantage d’émotion à ce moment-là qu’au soir de mon élection. Tout devenait réel. Il y avait une grande fierté de faire partie de quelque chose qui dépasse ma propre personne.

MP: Quel est l’enjeu social le plus important pour vous? 

CB: Le vivre-ensemble. Au-delà des divergences d’opinions et des débats municipaux, je crois que tout le monde doit pouvoir se sentir bien dans son milieu de vie et avoir accès aux espaces publics, à la culture, aux parcs et aux lieux de rassemblement.

Les communautés fortes se construisent à travers le respect, l’écoute et la capacité de vivre ensemble malgré ses différences.

Les municipalités ont un rôle essentiel à jouer pour favoriser ces échanges et renforcer le tissu social. 

MP: Qui vous inspire dans le milieu politique municipal? 

CB: Pour la question sur qui m’inspire en politique municipale, je ne pourrais pas dire que Mario Girard demeure « une grande source d’inspiration ». Son décès récent m’a plutôt fait réaliser l’impact à long terme de nos décisions, comme élus, sur notre communauté. Plusieurs des décisions prise par le maire Girard façonnent aujourd’hui Granby, de nombreuses années après son mandat. 

J’admire également la mairesse de Chibougamau, Nichèle Compartino, pour son parcours et son engagement envers sa communauté.

Bruno Marchand m’inspire pour son franc-parler et sa capacité à expliquer les choses simplement aux citoyennes et citoyens, même lorsque les réponses ne sont pas toujours celles que les gens souhaitent entendre.

Comme père de famille, j’apprécie aussi Catherine Fournier, notamment parce qu’elle démontre qu’il est possible de concilier les responsabilités parentales et les responsabilités politiques de manière visible et assumée.

MP: Quel conseil donneriez-vous à une personne qui réfléchit à se lancer en politique municipale? 

CB: Il ne faut pas attendre d’avoir toutes les réponses avant de se lancer. Même avec ma propre expérience politique, j’ai été surpris par certains aspects du rôle. Il faut accepter que l’apprentissage se fasse en cours de route et être prêt à s’adapter.

Il est aussi important de comprendre que la politique municipale est un travail d’équipe. Dans un conseil sans parti politique comme celui de Granby, rien ne se fait seul. Il faut discuter, écouter, échanger et construire des solutions ensemble.

Il ne faut pas craindre de parler franchement aux citoyennes et citoyens. On ne peut pas toujours leur dire ce qu’ils souhaitent entendre, mais on peut leur expliquer honnêtement les contraintes et les options qui existent.

Il ne faut pas craindre de parler franchement aux citoyennes et citoyens. On ne peut pas toujours leur dire ce qu’ils souhaitent entendre, mais on peut leur expliquer honnêtement les contraintes et les options qui existent. 

Enfin, il faut toujours se rappeler pourquoi on s’est lancé en politique. Pour ma part, c’est simple : contribuer à faire de Granby un meilleur milieu de vie.