Le conseil municipal, Les élections municipales 2025

De la salle de classe à l’hôtel de ville  

Mariève Paradis, Chargée de l’offre de services, Espace MUNI [email protected]

Entrevue avec Charles Messier,

Conseiller municipal – Ville de Terrebonne

Élu pour la première fois en novembre 2025 comme conseiller municipal à la Ville de Terrebonne, Charles Messier est enseignant au cégep et père de deux jeunes enfants. Pour lui, la politique municipale est avant tout une mission : protéger et améliorer le Vieux-Terrebonne pour les générations actuelles et futures.

Originaire de Mascouche, il est tombé sous le charme du Vieux-Terrebonne dès l’adolescence, attiré par son noyau villageois et son dynamisme urbain. Titulaire d’un baccalauréat en journalisme ainsi que d’études supérieures en littérature, il s’est d’abord impliqué dans sa communauté en créant un groupe Facebook du voisinage et en organisant des fêtes dans son quartier. 

C’est d’ailleurs au Danemark, alors qu’il accompagnait sa conjointe qui a réalisé le documentaire Copenhague, capitale du bonheur, qu’il a compris que le bonheur était dans les liens de proximité, avec les voisins, avec la communauté. 

Cette implication citoyenne l’a progressivement conduit vers la politique municipale. Aujourd’hui, il représente un district de 5 392 personnes inscrites sur la liste électorale où cohabitent patrimoine, commerces de proximité, familles et réalités sociales diversifiées. Passionné d’urbanisme, il préside notamment la Commission de l’aménagement et du patrimoine ainsi que le Conseil local du patrimoine.

Mariève: Quelle a été la motivation profonde de vous lancer en politique municipale?

Charles Messier : Mon parcours vers la politique ne s’est pas fait de façon planifiée. Au départ, je voulais simplement contribuer à créer des liens entre les citoyennes et citoyens de mon quartier, en créant le groupe sur Facebook. 

Avec le temps, je me suis rendu compte que beaucoup des préoccupations et des insatisfactions exprimées par les membres du groupe revenaient aux décisions municipales. J’ai compris que si je voulais avoir un impact concret sur mon milieu, la politique représentait un outil important.

MP: Élu pour la première fois l’automne dernier, quel a été le premier choc comme nouvel élu? 

C.M. : Honnêtement, la quantité de lecture. 

On sait qu’une personne élue participe à des événements et rencontre de la population, mais on réalise moins le travail administratif, technique et légal. Il faut comprendre une foule de dossiers spécialisés, maîtriser les acronymes et s’intéresser à des sujets qui sortent de notre zone de confort. 

La gestion de l’eau potable, le traitement des déchets, le déneigement, les appels d’offres ou l’achat de véhicules municipaux : ces dossiers essentiels demandent beaucoup de temps.  

L’autre surprise, c’est que c’est plus de travail que j’imaginais. Mais paradoxalement, j’aime ce travail beaucoup plus que je ne l’aurais cru. 

MP: Comment conciliez-vous votre rôle d’élu, votre carrière et votre vie familiale? 

C.M. : La conciliation est certainement l’un des plus grands défis. 

J’enseignais à temps plein au cégep cet hiver, mais je passerai à temps partiel à partir de l’automne afin de mieux équilibrer mes responsabilités. Même si mon employeur fait preuve de beaucoup de souplesse, il devenait difficile de tout faire. 

J’ai aussi le soutien de ma conjointe, extrêmement compréhensive. Lorsque je dois participer à une réunion ou à un événement, elle prend le relais auprès des enfants. Et je le fais aussi quand elle est en tournage. C’est un travail d’équipe. Les grands-parents ne sont jamais très loin également. 

La politique occupe une place importante dans ma vie parce que c’est à la fois un travail et, en quelque sorte, un loisir. Certaines personnes jouent au hockey ou participent à des tournois de jeux de société. Moi, j’aime assister à des événements municipaux et discuter avec la population de Terrebonne. Même lors des activités de mes enfants, je rencontre des personnes que je représente. 

MP: Quel est votre plus grand apprentissage jusqu’à maintenant dans votre rôle d’élu? 

C.M. : J’ai appris que je ne peux pas tout faire. 

Depuis mon élection, j’accepte presque toutes les invitations et toutes les occasions de m’impliquer. J’ai énormément d’énergie et d’enthousiasme, mais je réalise aussi que je dois protéger mon équilibre personnel. 

J’ai parfois mis de côté certaines activités ou certains intérêts qui me tenaient à cœur. J’adore la politique, mais je sais que pour être un meilleur élu à long terme, je dois aussi entretenir mes amitiés et conserver d’autres centres d’intérêt. 

C’est probablement une leçon que plusieurs personnes nouvellement élues apprennent avec le temps. 

MP: Quelle est la plus grande joie d’être élu municipal? 

C.M. : Les rencontres avec les citoyennes et les citoyens demeurent probablement ce que je préfère. 

Je n’ai aucun problème à être interpellé à l’épicerie, dans un parc ou lors d’un événement. Chaque échange est une occasion d’apprendre quelque chose sur le quartier ou sur les besoins des gens. 

Je trouve aussi rassurant de pouvoir compter sur le personnel municipal et les équipes qui nous accompagnent. Je pose énormément de questions et je reçois toujours des réponses professionnelles et pertinentes. Je ne me sens jamais seul dans l’exercice de mes fonctions.  

« Mon objectif est de protéger et d’améliorer le Vieux-Terrebonne. Je me demande comment je peux le faire quand je me lève le matin. Chaque geste que je pose est dans cette optique. » 

MP: Qui vous inspire dans le milieu politique municipal? 

C.M. : La personne que j’admire le plus actuellement est le maire de Québec, Bruno Marchand. 

J’ai eu l’occasion de le rencontrer et même de courir avec lui tôt un matin lors du congrès de l’Union des municipalités du Québec. Ce qui me frappe chez lui, c’est son authenticité et son profond amour pour sa ville. 

J’admire aussi ses qualités de communicateur. Lorsqu’il explique un projet, il réussit à rendre les gens plus intelligents et à leur donner envie de participer à la discussion. On sent qu’il réfléchit à ce que sa ville sera dans 50 ans, pas seulement à la prochaine élection. 

Son approche des dossiers complexes comme le transport collectif ou l’itinérance m’inspire beaucoup. 

Je suis également influencé par Maxime Pedneaud-Jobin et Bernard Sévigny, d’anciens élus municipaux qui ont pris le temps d’écrire sur leur expérience. Leurs témoignages constituent une source d’apprentissage précieuse.

MP: Quel conseil donneriez-vous à une personne qui réfléchit à se lancer en politique municipale?

CM : D’abord, il faut savoir que ce travail exige énormément d’heures. 

C’est peut-être un cliché, mais il vaut mieux le savoir avant de se lancer. La politique municipale ne se limite pas aux séances du conseil et aux événements publics. 

Ensuite, il faut le faire pour les bonnes raisons. Il faut aimer le service public et avoir sincèrement envie d’aider la population. 

Lorsqu’on devient conseiller municipal, on ne représente pas uniquement ses propres idées. On représente aussi celles des milliers de personnes qui habitent le quartier. Cela signifie parfois défendre des positions qui ne sont pas nécessairement les nôtres, mais qui reflètent les besoins ou les préoccupations de la population.